Un diplôme ne garantit rien, mais une profession qui s’empare elle-même de son destin, voilà ce qui fait la différence. C’est la conviction profonde de Marianne Lensink, gestionnaire aguerrie du secteur de la santé (voir encadré). Le 18 juin, elle a animé une conférence sur le leadership infirmier devant les étudiants du HBO-V Radical Renewal Voule-Vol Onderwijs (RVWO) à Leyde.

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« Les infirmières doivent pouvoir piloter la prise en charge des patients. Pour bien le faire, il faut comprendre l’environnement dans lequel on évolue », affirme Lensink. Elle a donc ouvert sa présentation par un large panorama de l’histoire des soins aux personnes âgées et du système de santé actuel.
À propos du système de soins de santé
Aux Pays-Bas, le cadre est privé, mais la main publique reste ferme. Le gouvernement fixe le socle des prestations, impose une assurance de base à tous, interdit de moduler les primes selon les profils et oblige les assureurs à accepter chaque assuré. Autre point de non-retour : le devoir de diligence. « Ce dernier est particulièrement développé », précise Lensink. « Si vous patientez trop longtemps sur une liste d’attente (Treeknorm), appelez votre assureur. Il devra activer une solution, que ce soit avec ce prestataire ou un autre. »
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Lois et cadres du système
Lensink a aussi détaillé la répartition des dépenses de santé aux Pays-Bas : chaque année, 28 milliards d’euros sont dédiés aux personnes âgées, dont 11 milliards pour les soins de longue durée. Elle a dressé le panorama législatif : la loi sur le soutien social (OMM), la loi sur les soins de longue durée (Wlz), la loi sur la jeunesse, et surtout la loi sur l’assurance maladie (Zvw). Les rapports récents structurent aussi la pratique, à l’image du Cadre de qualité pour les soins à domicile (2017), du Cadre de qualité pour Wijkverpleegkundige (2018) ou de l’Expertisegebied Wijkverpleegkundige (2019). Pour ancrer ces notions, Lensink a confié aux étudiants deux exercices sur le cadre de qualité des soins à domicile, notamment sur la norme de personnel et les indicateurs du registre qualité. « L’objectif était de leur donner envie de tenir leurs connaissances à jour, de creuser les rapports récents », explique Lensink. « J’aurais aimé les faire en classe, mais le temps nous a manqué. »
Quatre niveaux
Le fil rouge de la session : le leadership infirmier. Mais comment le définir ? Selon Vermeulen et al., il s’agit de collaborer avec collègues, patients et familles pour dispenser des soins adaptés, porteurs de sens. Le leadership infirmier s’incarne à deux échelles : au plus près du lit du patient et dans la dynamique stratégique de la structure, voire au-delà. « Cela se joue à tous les niveaux de l’organisation », détaille Lensink. Ce leadership peut s’exprimer de quatre façons : leadership clinique (auprès du patient), leadership professionnel, leadership organisationnel et leadership politique.
Quand le mettrez-vous ?
Dans quelles situations ce leadership fait-il vraiment la différence ? « Les deux premiers niveaux devraient concerner toutes les infirmières diplômées HBO », précise Lensink. « Le leadership clinique vise à obtenir des résultats tangibles pour les patients : prévenir une chute, éviter l’escarre, favoriser le bien-être d’un résident. Que peut-on mettre en place ? Quels leviers activer ? Quel impact ? Ces questions jalonnent le quotidien. Le leadership professionnel, lui, se traduit par l’influence sur le processus de soins et la stratégie de l’organisation. » Les niveaux 3 et 4 mobilisent moins de personnes, même si Lensink espère que la dynamique s’amplifiera : « Au troisième niveau, siéger dans un Conseil infirmier ou assumer une fonction d’administrateur ; au quatrième, se rendre visible dans les instances de décision et occuper un espace reconnu. »
Rôles Canmeds

Comment développer ce leadership ? « Dès la formation », insiste Lensink. Le cursus HBO-V intègre les sept rôles Canmeds (voir l’illustration) : soignant, communicateur, partenaire en collaboration, professionnel réflexif, promoteur de la santé, organisateur, garant de la qualité. Ces rôles, inscrits dans le référentiel national, structurent la profession infirmière HBO. « Les cinq rôles soutiennent le soignant et le promoteur de la santé », souligne Lensink. Pour autant, chacun est incontournable pour exercer le leadership, sur tous les niveaux. Dans la pratique auprès du patient, il faut savoir communiquer, coopérer, s’ajuster selon les situations. Même logique avec les aidants naturels. « Ces compétences se travaillent dès la formation et s’affinent tout au long du parcours professionnel. »
Penser dans les intérêts
Un aspect fondamental du leadership : savoir raisonner en termes d’intérêts et viser le bénéfice partagé. « Chercher une solution gagnant-gagnant reste déterminant », insiste Lensink. Elle s’appuie volontiers sur le modèle Common Eye (référence 2), présenté plus haut. Cette approche analyse ambitions, intérêts, relations, dynamiques organisationnelles et processus de coopération. Quel est le contexte ? L’ambition vient-elle de l’extérieur ou de soi ? Quels intérêts se cachent derrière chaque posture ? Que faut-il à chacun pour avancer ? « Un étudiant a même souligné que ce modèle s’appliquait aussi à la relation soignant-patient. »
Commandes de réflexion

Quel lien entre leadership en soins infirmiers et soins de qualité ? « S’orienter, se concentrer sur ce qui compte vraiment pour le patient, c’est là que réside la valeur », synthétise Lensink. Elle a donc proposé aux étudiants de réfléchir à leur impact : quelle différence ont-ils apportée aujourd’hui ? Qu’est-ce qui a fait d’eux une infirmière leader au cours d’une journée réussie ? En quoi ont-ils marqué un patient, un collègue, une famille, l’organisation ? « Revenir régulièrement sur ces questions aide à façonner, jour après jour, son leadership infirmier », insiste-t-elle.
Retrospect
Et côté enseignante ? « J’ai senti les étudiants très engagés, curieux, prêts à échanger. Les questions fusaient, les exemples personnels aussi. Les trois heures se sont envolées, et j’en suis ressortie avec un regain d’énergie », confie Lensink. « Les retours ont été positifs : beaucoup ont apprécié d’avoir une vision d’ensemble, de relier entre elles des notions parfois éparses. Certains sujets étaient déjà connus, d’autres non, mais le fait de les connecter a apporté un éclairage nouveau. »
Qui est Marianne Lensink ?
Marianne Lensink a parcouru un large spectre dans le secteur de la santé. D’abord infirmière, elle s’est spécialisée en sciences infirmières, puis a assumé des responsabilités de gestion dans un hôpital universitaire et dirigé un établissement pour personnes âgées. Elle a également siégé au conseil d’administration d’un hôpital clinique de pointe et dirigé les soins chez Zorginaars Nederland. Aujourd’hui, elle est associée chez Van der Laan & Co, une structure qui repère et relie les talents dans les métiers du soin. (1) Hester Vermeulen, Gerda Holleman, Anita House, Erwin Ista, Pieter Lalleman, chef de file en soins infirmiers (BSL ; Houten 2017).
(2) Tim Dees, Wilfrid Opheij, Travailler ensemble de l’idée à la nomination (2019).
Texte : Femke van den Berg (Bureau Bison). Photo de Marianne transmise par Marianne Lensink.

